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Mon ami Frédéric  posté le dimanche 22 juin 2008 17:34

C’est l’histoire de deux obscurs, deux sans-grade. Fred alias Frédéric Fontang, ex-joueur de tennis professionnel et Geo, scribouillard sporadique. Leurs destins se sont croisés. Récit.

 

Frédéric Fontang est né à Casablanca le 16 mars 1970 mais c’est un Palois de coeur et d’origine. Il a grandi sous la houlette de Jean-Louis Rancezot, patron du Tennis Club de la Vallée, à Gelos près de la Ville Authentique, rival historique du Tennis Club Béarnais, lequel aura vu éclore Nicolas Escudé.

 

Le jeune Frédéric débarque sur le circuit au début des années 90. Spécialiste de la terre battue parmi tant d’autres, il connaît après un an d’apprentissage son apogée en 1991. L’été, période propice, le voit récolter les fruits de son travail puisqu’il enchaîne coup sur coup deux finales, la première au grand prix de San Marin, la seconde au challenger de Cervia. Mis en confiance, Fontang remporte peu après le challenger de Merano contre le bientôt redoutable Carlos Costa avant d’accomplir son plus beau fait d’armes, la conquête de son seul tournoi ATP à Palerme alors qu’il ne figure même pas parmi les cent meilleurs joueurs du monde.

 

Cela demeurera son seul titre de gloire, les années d’après le voyant revenir à la discrétion qui a toujours été la sienne. Le Tennis Club de la Vallée axera ainsi sa communication sur cet "exploit" afin d’attirer les jeunes pousses hexagonales dans ses stages estivaux. Tous les lecteurs de Tennis Magazine ont en mémoire le sourire lumineux de Fontang sur la publicité à son effigie. Natif de Pau et ne vivant qu’à une quarantaine de kilomètres de la cité d’Henri IV, mon regard d’adolescent se pose sur la bouille de Fred début 1994.

Quelques mois plus tard me voilà au sanctuaire pour deux semaines de secte de la petite balle jaune. Tennis matin midi et soir. Pauses... ping-pong, squash et tout de même un peu de foot ou de piscine. Plutôt réservé à l’époque, je me fonds dans le groupe avec bonheur. C’est le paradis. Nous sommes une joyeuse bande de minots de 7 à 17 ans en pension complète, aucun de nous ne peut envisager un avenir tennistique, les meilleurs étant milieu de troisième série et nous goûtons ainsi chaque instant de ce professionnalisme virtuel. Instants purs et rares.

 

Un soir alors que nous faisons ripaille, un jeune homme à la silhouette longiligne entre dans le club-house, relooké en cantine pour l’occasion. "Hé mais c’est Fred les gars !" Nous l’interpellons, il nous sourit, s’approche, bavarde un moment avec nous. C’est la première fois de ma vie que je vois un joueur professionnel, l’instant est solennel. Bon élève, je lâche devant mes potes hilares : "Frédéric Fontang, vainqueur du tournoi de Palerme en 1991 contre Emilio Sanchez, numéro 16 mondial !". Paternaliste et bienveillant, il me rétorque dans un sourire : "c’est bien tu connais ta leçon". Après quoi nous le matraquons de questions, on ne croise pas tous les jours un type qui côtoie nos joueurs préférés. "Dis Fred t’as déjà joué contre Edberg ? Perdu une fois. Et Becker ? Jamais. Et Bruguera ? Perdu trois fois. Et Agassi ? Jamais. Et Muster ? Perdu deux fois. Et Sampras ? Jamais.

 

Idiots comme des ados, nous raillons les piètres performances de Fontang au moment du débriefing intime, peu après l’avoir contemplé comme une star. L’intéressé nous clouera le bec quelques jours plus tard, lors d’une séance d’entraînement. L’entraîneur est au panier, Fred en fond de court qui laisse partir son bras. Les coups claquent, le bruit est sec. Le 238ème joueur mondial met la balle au même endroit cinquante fois d’affilée, en coup droit comme en revers et à une vitesse invraisemblable. Ce mec que l’on traitait de tocard à mots couverts l’avant-veille, qui passerait pour un crocodile poussif à l’écran, c’est Dieu en train de jouer au tennis. Bonne leçon d’humilité et prise de conscience de la réalité du haut niveau.

 

Je reverrai Frédéric Fontang à deux reprises. La première en 1999, aux Petits As de Tarbes, autoproclamés "championnats du monde minimes", peu avant un quart-de-finale entre deux clampins prometteurs, Richard Gasquet et Rafael Nadal. Fred est attablé avec quelques amis du monde du tennis, dont Jean-Philippe Fleurian, qui me fera l’honneur de tailler une bavette. Il a l’air en forme, j’en suis heureux. La deuxième cette année à Roland Garros. Il est désormais accompagné d’un jeune chevelu débraillé. Devant mon écran, je me replonge dans l’époque bénite du stage de tennis, nous revois, une demi-douzaine en file indienne derrière la ligne de fond, travaillant notre coup droit lifté. A côté de nous, un morpion a un court et un coach pour lui tout seul. Césaire, notre moniteur d’origine antillaise, nous dit : "Vous véwez celui-là il sewa twès fow, là ! Il s’appelle Jéwémy Chawdy". Il n’a pas menti. Je redécouvre le prodige béarnais contre Nalbandian, les coups partent comme des fusées mais à la télé cette fois. Chardy explose de joie et partage sa victoire avec son entraîneur. Fred triomphe, il tient sa victoire contre un grand joueur. La boucle est bouclée.

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