Accueil Date de création : 01/05/07 Dernière mise à jour : 04/01/09 16:50 / 12 articles publiés

Les RG de Roland Garros 2  posté le jeudi 14 juin 2007 13:58

Dimanche 10 juin 2007. Gustavo Kuerten, tiré à quatre épingles, remet à Rafael Nadal la coupe des Mousquetaires, de même que le sceptre virtuel de triple vainqueur de Roland Garros, avant de le qualifier de "meilleur joueur de l’ histoire sur terre battue". L’ heure est au bilan de la seconde partie du tournoi.


Rafa VS Roger, le chef d’ oeuvre imparfait

L’affiche de la finale de l’édition 2007 des Internationaux de France devait quoi qu’il advînt faire entrer un joueur dans la légende. Roger Federer pouvait succéder à André Agassi et à Rod Laver, détenteurs des quatre tournois du Grand Chelem mais c’est désormais Rafael Nadal qui compte trois titres Porte d’ Auteuil, à l’instar de Guga et même de Borg, qui les avait enchaînés de 1978 à 1980. L’affrontement entre l’Espagnol, meilleur numéro deux mondial de l’histoire peut-être et le Suisse, assurément un des plus grands de tous les temps était pour le moins attendu. On pensait tenir le match de gala où l’un et l’autre donneraient ensemble le meilleur d’eux-mêmes.

Tous les indices étaient au vert sur la brique rouge. Avant la finale, Rafa a remporté tous ses matches sans égarer le moindre set, avalé des adversaires aussi coriaces que Hewitt (qui bien que ne l’ayant jamais dominé sur terre battue, menait quatre victoires à deux face à l’Espagnol et l’avait en outre inquiété au tournoi de Hambourg) et Moya, faisant fi de l’aspect émotionnel et rappelant implacablement -entre autres- leur différence d’âge à son aîné majorquin. Quant à Roger, tout juste a-t-il laissé échapper la deuxième manche dans son quart de finale face à Robredo avant de passer la troisième puis la quatrième avec une insolente aisance.

Difficile, au moment d’aborder la finale des Internationaux de France, d’oublier celle du Masters Séries hambourgeois, trois petites semaines auparavant ; match à propos duquel tout a été dit, écrit, glosé. Il ne fallait en définitive ni en minimiser ni en exagérer l’importance. Les conditions de jeu étaient sensiblement différentes en Allemagne : air glacial, rebond moins haut, mais c’est un vrai direct au foie qu’avait porté le numéro un mondial à son dauphin, lequel avait regagné Manacor en monocycle... Piqué au vif, Nadal a fait montre lors de ce Roland Garros de la qualité suprême du champion, l’orgueil. Un orgueil démesuré, transcendant, le condamnant à réagir aussitôt et à transformer l’échec en simple accident de parcours.

Fort de progrès récents, Rafael a ainsi élevé un niveau de jeu déjà très haut, servant mieux, frappant plus fort son revers, désormais lourd et redoutable, faisant quelques incursions au filet au besoin. Federer a pour sa part été trahi par sa si précieuse première balle, de même qu’il a commis quantité de fautes directes, souvent provoquées, aux dires de Roger lui-même. Le Nijinski des courts a bien essayé de reproduire les schémas gagnants, soit l’utilisation des revers croisé et coup droit décroisé forts et longs, mais il a le plus souvent été mis au supplice par le lift giclant et les effets du gaucher.

Il flottait ainsi à l’issue de la finale comme un désagréable air de déjà vu, à tel point que le score fut (quasiment) identique, au jeu près, à celui de la demi-finale de Roland Garros 2005, soit le premier affrontement sur terre battue des deux monstres. Le duel a une fois encore été tactique, inégal et en définitive inachevé, surtout aux yeux du grand public qui reste invariablement sur sa faim.

Notons que ce sentiment mitigé est probablement partagé par... les deux joueurs. En effet, Nadal et Federer, respectueux sur le court, voire bons camarades en dehors doivent dans un sens se maudire. Sans le Suisse, Rafa ferait un très convenable numéro un mondial (5225 points ATP cette semaine contre 5110 pour Hewitt après son titre à Wimbledon en 2002, 4535 pour Roddick fin 2003). Sans l’Espagnol, Roger serait - qui sait- sur la route d’un second Grand Chelem consécutif le consacrant définitivement comme le meilleur joueur de l’histoire...

Djokovic, l’instant fraîcheur

Faute de trophée, Roger Federer a raflé pour la troisième année consécutive le Prix Orange récompensant le joueur le plus disponible, aimable, apprécié des journalistes. Sur ce seul tournoi de Roland Garros, il aurait pu sans conteste être attribué à Novak Djokovic. Pitre plaisant(in) dans les vestiaires, il a multiplié les facéties pour le plus grand bonheur de ses petits camarades de jeu et des téléspectateurs. Bon élève une fois entré en court, coiffé d’une brosse adolescente de premier de la classe, le jeune homme de vingt ans marie à merveille puissance de frappe et intelligence de jeu.

Sa prestation la plus aboutie restera sans nul doute son quart de finale contre Igor Andreev, le coupeur de bois. Taillant sa route au son du clonc, le Russe faisait figure d’épouvantail, voire de divine surprise dans le bas du tableau. A la fois un peu rustre tactiquement, fruste techniquement et juste physiquement, il a été ramené à la raison par Nole, qui a su et pu le faire dévier de son plan de jeu, de son plan de... frappes. En demi-finale, c’est le Serbe qui s’est à son tour retrouvé face à une énigme insoluble et par conséquent délité sous l’écrasante pression exercée par Nadal.

Le spectacle fut néanmoins au rendez-vous au cours de deux premiers sets très rythmés. Djokovic a fait honneur à son statut de nouveau numéro quatre mondial et s’annonce comme un prétendant aux plus grandes conquêtes, notamment sur le ciment américain où après un printemps magnifique il aura son mot à dire au plus fort de l’été. On remarquera enfin qu’avec un fair-play que l’on ne lui connaissait pas, Novak a su trouver les mots qu’il faut pour ses adversaires, dans la victoire comme dans la défaite. Très bon niveau, excellente attitude, continuez comme ça Monsieur Djokovic...

Valeureux et malheureux, les faire-valoir

Reconnaissons que la dramaturgie de la deuxième semaine a été excessivement convenue, au contraire de ce que l’on pouvait espérer. Ainsi six des huitièmes de finale, trois des quarts de finale ainsi que les deux demi-finales ont été conclus en trois sets. Sans opposition, point de passion. L’exemple le plus frappant de ce scénario cousu de fil blanc est peut-être le parcours de Roger Federer qui a fait face, sur la route de la finale, à trois de ses victimes préférées, responsables à leurs dépens du manque de suspens. Youzhny en huitièmes de finale, Robredo en quarts, Davydenko en demi, telle fut la rampe de lancement idéale pour le numéro un mondial quand on sait que, malgré la difficulté croissante à chaque tour, il totalise aujourd’hui vingt-sept victoires contre... zéro défaite face au trio.

Tommy et Nikolay, méritants et même impressionnants au point ne pas concéder un set avant d’affronter Roger, ne parviennent pas à se défaire de l’emprise mentale (et tennistique of course) du maître. Le Catalan a vu l’Helvète s’envoler selon son bon vouloir dans la deuxième partie de son match, le Russe n’y a lui jamais vraiment cru, en dépit d’une foule d’occasions. Après un départ canon, Davydenko est brutalement sorti de son état de lévitation et a cessé de pratiquer un tennis de rêve, Federer se contentant d’être présent sur les bons coups. Une revanche du tournoi de Rome face à Volandri en quarts de finale n’ aurait pas manqué d’ intérêt, tout comme une demi-finale face à Nalbandian, ancienne bête noire toujours aux aguets ou davantage encore Cañas. Le choc se profilait au fil des tours ; nourri des deux défaites de Roger face à Guillermo il y a quelques mois, il eût, sans préjuger du résultat, tellement de piquant.

Et maintenant ?


A Wimbledon, dans (trop) peu de temps, on peut craindre que Federer, aiguillonné à son tour, ne soit intransigeant envers ses collègues joueurs tel Pete Sampras naguère. Le grand rendez-vous sur gazon comportera néanmoins son lot de curiosités mais faisons un saut temporel et spatial jusqu’ en Amérique. Nous attendent à New York, dans la chaleur aoûtienne, un numéro un mondial somme toute serein, un dauphin aux dents longues, un Djokovic déboulant tel un météorite, un Hewitt sur la voie du retour, des Américains revanchards, un Baghdatis en embuscade et espérons-le bien d’autres encore. The show must go back... Enfin, on ne saurait clore ce chapitre "terre battue" sans un petit cocorico. Dans le tableau masculin, les quatre places de finalistes du tournoi des légendes ont été trustées par quatre Français ! Les heureux élus sont Guy Forget, Arnaud Boetsch, Cédric Pioline et Henri Leconte. Mieux vaut tard que jamais...

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.106) pour vous identifier.     

Aucun commentaire pour l'article:
Les RG de Roland Garros 2