Samedi 2 juin 2007. Le troisième tour s’ achève de même que la première phase du tournoi. Revenons sur les faits marquants du début des Internationaux de France.
Playing in the rain
"En avril ne te découvre pas d’un fil" dit la maxime. "En mai mets ton ciré !" aurait pu être le leitmotiv des premiers jours de ce Roland Garros crue 2007. Adieu le Paris de carte postale, printanier presque estival, véhiculant des clichés so french et servant d’ ordinaire de cadre aux Internationaux de France. Bonjour la pluie, inexacte en temps et en lieu puisque davantage attendue dans un mois du côté de Wimbledon... Joueurs et spectateurs ont ainsi dû essuyer un véritable déluge lors des deux premières journées du tournoi. Il devait débuter un dimanche pour la première fois de son histoire, permettre une programmation plus étalée et donc plus aisée. Il n’en fut rien, le coup d’envoi n’a réellement été donné que... le mardi et l’urgence a été de mise dans la planification des matches, coquin de sort.
Les Français : Crépuscule des vieux et jeunes en péril
On espérait que dame pluie fût un heureux présage pour les... Froggle. Nombreux comme souvent sur la ligne de départ (onze), les Tricolores se sont hélas tous essoufflés au bout de trois tours au mieux, enregistrant là leur pire résultat groupé depuis dix ans. Honneur au vétéran, Fabrice Santoro et ses presque trente-cinq printemps. Ayant totalement fait l’impasse sur la saison sur terre battue, il est venu Porte d’Auteuil faire un petit tour (contre Chela) pour le plaisir. On l’attend autrement plus ambitieux et redoutable en double avec son compère Zimonjic. Ancien finaliste de l’ épreuve avec LLodra, il visera plus haut...
Les ex-minots provençaux, Sébastien Grosjean et Arnaud Clément (ce dernier étant il est vrai peu à l’aise sur terre battue), âgés tous deux de vingt-neuf ans, classés respectivement à la 62ème et à la 45ème place mondiale confirment lentement mais sûrement leur déclin. Opposés d’entrée à de solides têtes de série, Grosjean face à Baghdatis et Clément face à Ljubicic se sont inclinés en trois sets et ne paraissent plus à même de porter les espoirs de tout un peuple en émoi.
La relève se fait malheureusement toujours attendre. Le numéro un, Richard Gasquet, régulier depuis le début de l’année et plutôt bon lors des tournois préparatifs (finaliste à Estoril, quart de finaliste à Monte Carlo) a déçu, terriblement déçu. A bientôt vingt-et-un ans et cinq ans après ses grands débuts sur le circuit, l’excuse de l’inexpérience, de la jeunesse ne tient plus pour le natif de Sérignan qui dit avoir "pris la pression" lors de son deuxième tour contre Kristof Vliegen. Richard est assurément mûr tennistiquement tandis que son mental doit désormais faire l’objet d’un travail de tous les instants.
Paul-Henri Mathieu, jeune lui dans l’esprit, les ambitions, devait épauler dignement Gasquet dans la quête d’un grand résultat. Crédité lui aussi d’une bonne saison sur clay (vainqueur à Casablanca, demi-finaliste à Estoril), il abordait Roland Garros armé d’une confiance louable. Pourtant sa superbe technique et sa volonté d’ "atteindre au moins la deuxième semaine" ont volé en éclats face au monolithique Igor Andreev. Sorte de Berasategui russo-valencian de l’ an 2000, usant de sa raquette comme d’un gourdin, il tape le plus souvent et le plus fort possible en coup droit avec une redoutable efficacité et surtout sans se poser la moindre question.
Les Bleus, avec ou sans les honneurs, ont ainsi tous failli dans un triste ensemble. Le tennis français est bel et bien malade (de la tête ?) mais rendons néanmoins hommage aux deux animateurs de la première semaine, Gaël Monfils et Olivier Patience. Miné par un véritable parcours du combattant (Rochus au premier tour, Chela au deuxième et enfin Nalbandian au troisième), Sliderman, l’anti-Gasquet, irrégulier mais sans peur n’a que peu de reproches à se faire. Désormais coaché par Tarik Benhabiles, il a fait l’ effet d un "Roddick terrien", avec une première balle de service et un coup droit perforants, ainsi qu’un goût prononcé pour la bagarre et le spectacle.
Le vrai test a eu lieu contre un Nalbandian très... Agassian (du nom originel de son père) première génération : cheveux longs et petit bedon mais aussi et surtout, cadence infernale du fond de court des deux côtés et retours foudroyants dans les moments importants. Le revers de David est supersonique quand celui de Gaël n’est trop souvent qu’un coup de remise. L’ensemble de son jeu étant en nets progrès, la volée notamment, il pourrait prendre définitivement son envol en comblant cette dernière lacune.
Olivier Patience enfin, qui en a fait preuve lors de son match contre Novak Djokovic, de même que de force, de rage, de talent. 129ème joueur mondial, il a joué le match de sa vie au troisième tour de ce Roland Garros, lâchant tous ses coups, prenant tous les risques. Bref ce fut l’état de grâce pendant presque cinq sets. Sachons gré à Olivier de nous avoir procuré le premier grand frisson de la quinzaine. Quant à Novak Djokovic, on notera que chez le d’ ores et déjà grand joueur serbe, le mental est au service de la technique car, malgré un public partisan à l’extrême, il n’a jamais faibli. Mieux, il a su faire preuve de sportivité et d’élégance en fin de partie, se mettant le public parisien dans la poche pour la suite du tournoi, au cas où...
Les Américains : Forget Paris
Qu’il est loin le temps où Jim Courier et André Agassi, opposés en finale de Roland Garros en 1991 et en demi-finale en 1992 (victoires du premier nommé) étaient probablement les deux meilleurs joueurs du monde sur terre battue. Cette année le tennis américain a en revanche vécu un French Open cauchemardesque en étant incapable de qualifier un des siens pour le deuxième tour ! La déception quoique réelle de la part de cette immense nation de tennis était finalement attendue car le phénomène n’est pas nouveau. Il fut longtemps masqué par la longévité du Kid de Las Vegas, émouvant vainqueur en 1999 et encore quart de finaliste de 2001 à 2003. Andy Roddick et James Blake, chefs de file du tennis US d’ aujourd’hui, n’ont eux aucun bon résultat à faire valoir sur la terre battue parisienne. Leur jeu à plat, plus en adéquation avec les surfaces dures, ne suffit pas à expliquer une telle débâcle.
Se pose davantage une question de culture, de mentalité, en somme de préparation. Roddick a joué à cinq reprises la finale du tournoi de Houston récoltant trois victoires sur la rapide terre battue verte. Toutefois, afin de ne pas passer... au rouge à Paris, il faudrait aux tennismen étasuniens s’imposer une longue période d’acclimatation sur le Vieux Continent. Leur absence groupée au Tournoi de Monte Carlo notamment n’est pas passée inaperçue. Tout cela est regrettable car le public de Roland Garros serait à n’ en pas douter tout disposé à célébrer des champions aussi charismatiques que Blake et Roddick, pour peu qu’ ils prolongent leur séjour jusqu’ à la deuxième semaine. A bon entendeur...
Stars et déboires
La première semaine de cette édition 2007 de Roland Garros aura été dans son ensemble d’une logique implacable pour ce qui est des favoris. Federer et Nadal sont apparus souverains, Davydenko et Robredo toujours aussi métronomes, Nalbandian et Cañas les garants de la puissance argentine, Djokovic, Baghdatis et Youzhny valeurs montantes, Hewitt en regain de forme annoncé. Parmi les rares faillites on notera l’échec de Berdych, numéro dix mondial mais encore un peu friable, sorti dès le premier tour. Safin et Gonzalez s’étaient quant à eux affrontés il y a un an dans ce qui avait constitué l’affiche du premier tour des Internationaux de France, Fernando chutant dès le tour suivant. Séparés dans le tableau cette année mais unis dans la défaite, le Russe a cette fois fait mieux que le Chilien en gagnant son premier match.
Gonzalez devient peu à peu le roi du yo-yo, tantôt brillant finaliste à l’ Open d’ Australie ou à Rome tantôt totalement absent comme lors de son match contre Stepanek. Imprévisible Fernando... On attribuera à Marat le titre de "fanfaron de la semaine", qui s’est présenté Porte d’ Auteuil dans l’inconnu après une piteuse campagne sur terre battue (trois matches gagnés). Rassurant lors de son premier tour expédié face à Vicente, il a déclaré en conférence de presse : "je serai dangereux" avant de... sombrer le tour d’après, ne marquant même pas un set. Un Safin au mieux de sa forme pouvait prétendre à un quart de finale face à Federer qui aurait valu son pesant d’or. Dommage... Réjouissons-nous malgré tout car l’absence de surprises lors de la première partie du tournoi nous promet nombre de belles affiches lors de la deuxième semaine. Messieurs, jouez !