Accueil Date de création : 01/05/07 Dernière mise à jour : 04/01/09 16:50 / 12 articles publiés

In live from Reunion Island  posté le dimanche 04 janvier 2009 16:50

Ile de La Réunion, début décembre. L’été se fait peu à peu sentir... la saison des pluies aussi. C’est à cette période que depuis quelques années déjà, le Tennis Club des Mascareignes du Tampon et le Bourbon Olympique Tennis Club organisent leur tournoi et proposent aux spectateurs un plateau de qualité.

 

Une poignée de têtes d’affiche fait ainsi le lointain voyage chaque année pour figurer dans la phase open des deux tournois. Fabrice Santoro, Tommy Robredo, Philip Kohlschreiber, Arnaud Clément et Marc Gicquel, parmi les plus récents, ont honoré les compétitions de leur présence. Les deux derniers cités s’étaient du reste affrontés, à Saint-Denis, en finale du tournoi du BOTC en 2007 (victoire du Breton en deux sets).

 

Arnaud

 

Samedi 6 décembre 2008. Journée magnifique au Tampon, dans le sud de l’île et conditions de jeu optimales alors que le temps s’est montré capricieux toute la semaine durant. La vraie catastrophe, évitée de justesse, est cependant la quasi-élimination d’Arnaud Clément, tête de série numéro 1 et passé à un point de se faire sortir dès les quarts-de-finale par Xavier Audouy, seulement classé -30. Comme le souligne à juste titre Le Quotidien, l’une des deux gazettes locales, les organisateurs « ont eu chaud » car en dépit de la prétendue « histoire d’amour » entre Arnaud Clément et La Réunion, quelques indiscrétions font état d’une prime de 20000 euros pour s’assurer la venue de leur vedette. Une fois l’alerte passée, l’Aixois ne fait qu’une bouchée de Thomas Oger (n°34) et sera donc au rendez-vous de la finale.

 

La Clé fait son arrivée au TCMT pendant la finale dames en toute décontraction, tee-shirt noir, lunettes de starlette, tongs (savates deux doigts, dit-on ici), tout sourire, accompagné de l’autre finaliste et n°31 français, Augustin Gensse, flanqué lui d’une adorable blonde aux yeux bleus (on ne lui en voudra pas, Gus est beau gosse). La rencontre a lieu sur le court Jean-Claude Hoareau (patronyme réunionnais s’il en est) dont les gradins, d’environ 200 places, se remplissent pour assister au bouquet final. Il y flotte un parfum étrange, subtil mélange d’amateurisme et de professionnalisme. Le court paraît bien petit à ce niveau tandis que l’organisation est très cadrée : terre battue impeccable, juges de ligne, ramasseurs, arbitre de chaise avec l’accent du Midi. On remarque du reste la faible présence de rényonés pur souche dans l’assistance, à nuancer cependant car au Tampon, les créoles tirent sur le blanc. Après que la speakerine de fortune eut annoncé le palmarès des deux joueurs et notamment l’accession d’Arnaud Clément à la finale de l’US Open 2001 (sic), le spectacle peut commencer.

 

Dix ans que je n’avais pas eu deux joueurs pro sous les yeux et je redécouvre avec stupéfaction la vitesse de jeu. Gensse possède une première balle qui franchit le mur du clonc, un vrai perce-tympan, de même qu’un coup droit perforant et un revers percutant. En face, La Clé est tel qu’on l’imagine. Bandana sur la tête, il met en place son jeu de contre, retourne excellemment, sert plutôt bien (long et placé), expire à outrance et pousse des « Eeeh ! » à chaque frappe. Mobile, tactique et lucide, Clément remporte logiquement le premier set (6/3). Le temps d’une pause, le Mabrouk local arrose le court, recueille les applaudissements nourris et réveille les ardeurs d’un public de connaisseurs, si concentré sur le jeu et content d’en être qu’il conserve un silence religieux durant la partie.

 

Le tournant du match a lieu à 1/1 au deuxième set lorsqu’un invraisemblable amorti rétro donne une balle de break à Gensse. Gus ne laisse pas filer l’occasion et s’envole 6/1, La Clé étant apparemment toujours en rodage sur le plan physique. Ce dernier montre pour le reste un visage sympathique, tantôt plaisantin, tantôt fair-play. A 1/2 au troisième set, il lâche ainsi : « C’est ça qu’il me faut comme coup droit ! » sur une énième accélération de Gensse. Néanmoins au fil du troisième set, où la situation se tend, le tempérament de pro reprend le dessus et l’arbitre en fait les frais. 6/5 au tie-break pour Clément, l’homme en beige annonce jeu, set et match quand les deux joueurs se regardent. Le revers d’Arnaud est jugé faute... par Gus et les deux adversaires se replacent sans attendre une quelconque décision. Quelques instants plus tard à 8/8, agacé par une énième overrule (un service bon annoncé faux), l’Aixois s’emporte : « Arrête de descendre toutes les deux secondes ! » et... perd les deux derniers points du match.

 

Gensse est le héros du court, Clément celui du jour malgré tout. S’ensuit un double où les deux finalistes, armés de curieuses raquettes en simili aluminium, affrontent les « Touffe Brothers », deux joueurs du club affublés de perruques grotesques, pour le pire et pour le rire. Plus tard, Gus et Arnaud honorent de leur présence la remise des prix, qui va des poussins et autres 4ème série jusqu’ au tableau final. Sa décontraction retrouvée, La Clé ne boude pas son plaisir, s’adonne à l’art du tchek (très prisé des locaux) avec bonheur au moment de féliciter les vainqueurs. Le point final de la journée est symbolique. Le discours convenu d’Augustin Gensse traduit l’incertitude de l’avenir chez un joueur de vingt-cinq ans, classé 320ème mondial et qui demeurera probablement loin des projecteurs. En revanche, derrière les mots opportuns et sincères d’Arnaud Clément, on sent l’homme heureux, le joueur allé au bout de son potentiel et qui, à 31 ans, attend juste de se faire plaisir et pourquoi pas, de réaliser quelques coups avant de tirer sa révérence. Qu’il puisse encore nous surprendre.

 

Marc

 

Samedi 13 décembre 2008. La canicule tamponnaise fait place à la bruine dionysienne. Temps maussade, nuages menaçants mais un décor si pittoresque : cirque de Mafate en toile de fond, on distingue les premières fleurs rouges des flamboyants au loin. C’est le ciel que scrutent les organisateurs du tournoi, qui ont dû annuler trois jours de matches en raison du mauvais temps. Il ne nous tombera finalement pas sur la tête car, leurs prières ayant été exaucées, Eole a eu raison de Zeus. Non sans malice, on en conclura même que les conditions de jeu sont idéales... pour les spectateurs, à l’ombre et au frais tandis que les deux finalistes devront en découdre sur une terre battue lourde.

 

Un brin plus relevé qu’au TCMT, le plateau proposé par le BOTC est lui aussi de qualité. Les deux clubs, « touchés par la crise » selon leurs dires, ont axé leurs efforts sur le tableau hommes, ce qui ne me gêne guère car, que les dames me pardonnent, en tennis les garçons ont ma préférence. Ainsi quelques joueurs de 1ère Série font admirer leur technique dont un certain Nicolas Renavand (n°47), grand échalas inconnu au bataillon, écrasé en quarts-de-finale par Eric Prodon (n°21), mais qui frappe le revers à une main le plus violent que je n’aie jamais vu sur un court ; ou encore Olivier Patience et Nicolas Devilder qui ont pointé leur museau à Roland Garros ces deux dernières années. Le premier (n°17) crée la surprise en venant à bout du second (n°15), en deux sets, en demi-finale et aura le privilège d’affronter sa majesté Marc Gicquel au dernier tour.

 

Marc Gicquel, tête de série numéro un, n° 7 français et tenant du titre se présente sur le court en grand favori. Il clame haut et fort pendant toute la semaine qu’il n’est « pas venu en touriste » mais « pour gagner le tournoi ». Sérieux, concentré, il démarre la finale pied au plancher. Olivier Patience, 144ème joueur mondial est un ton en-dessous. Plus solide, plus régulier, plus compact comme dirait Lionel Chamoulaud, le 54ème prend les commandes du match et ne les lâchera pas. Clin d’œil involontaire à la finale du TCMT, Gicquel fait le break à 2/2 sur une irréelle amortie effet extérieur. Tout au long du premier set, conclu 6/4, le Breton manœuvre tactiquement son adversaire en lui jouant souvent le revers, récolte les fautes ou s’ouvre le terrain pour attaquer de l’autre côté. Il dispose pour ce faire d’une frappe très sèche, notamment en coup droit, à l’armé court et à la formidable traversée de la balle, qui outre sa très grande vitesse, semble s’enfoncer dans la terre battue lorsqu’elle est frappée à plat. Là où un Augustin Gensse multipliait les exploits sur la ligne, Gicquel garde la balle cinquante bons centimètres dans le court.

 

Le début du deuxième set est équilibré mais c’est à nouveau la tête de série numéro un qui fait le break à 4/3. Patience lâche ses coups, tente des attaques mais ne parvient pas à conclure les points, se heurtant à une défense intraitable de son vis-à-vis. De façon générale, s’il effectue un match tout à fait correct, le n° 17 français montre moins de promptitude dans l’exécution de ses coups et se laisse aller à la faute côté revers. Le Boulonnais s’incline 6/3 dans la seconde manche, juste à temps si l’on peut dire, car les premières gouttes se font jour. Nicolas Coutelot (n°29), contraint à l’abandon dès le premier tour, guest-star et GO improvisé fait son entrée sur le court pour une remise des prix un rien bâclée.

 

La suite sera fort heureusement plus réussie et réjouissante. Quatre des joueurs de 1ère série font le spectacle lors d’un double exhibition aussi comique que technique, dont un Nicolas Devilder en état de grâce, tandis que Coutelot fait le show au micro. Après quoi, les mêmes protagonistes assurent un clinic, dans la joie et dans la bonne humeur, pour le plus grand plaisir des enfants. Ceux-ci s’empressent aussi de détrousser le vainqueur du tournoi peu après sa sortie du court. Raquettes, poignets, tee-shirts, tout y passe. Pour le reste, sachez que la fiche ATP de Marc Gicquel est mensongère car il est loin de mesurer 1m87 et ne sourit pas. En revanche, tout en lui respire le vrai. Généreux avec les enfants sans en rajouter, presque aussi intimidé que l’auteur de l’article quand il glisse à ce dernier : « Vous pouvez prendre toutes les photos que vous voulez ». Enfin et surtout, venu à La Réunion pour préparer la saison prochaine et pratiquer du bon tennis, Marc a rempli ô combien son contrat. Bien plus que dans le cas d’Arnaud Clément, âge comme lui de 31 ans, on sent chez le robuste breton, aux faux airs de Bruno Gaccio, des... désirs d’avenir, lui qui n’est arrivé sur le circuit qu’à 25 ans. Souhaitons-lui le meilleur.

 

P.S. : Big up à Victor Asensio (photo avec Marc Gicquel), sociétaire de l’Hermitage Académie Tennis et grand espoir réunionnais, lequel a brillamment remporté la Head Prestige d’Olivier Patience lors du clinic organisé pour les enfants, plaçant, à l’instar de Rafael Nadal, deux accélérations foudroyantes qui ont laissé sur place Nicolas Devilder himself !

lien permanent

Mon ami Frédéric  posté le dimanche 22 juin 2008 17:34

C’est l’histoire de deux obscurs, deux sans-grade. Fred alias Frédéric Fontang, ex-joueur de tennis professionnel et Geo, scribouillard sporadique. Leurs destins se sont croisés. Récit.

 

Frédéric Fontang est né à Casablanca le 16 mars 1970 mais c’est un Palois de coeur et d’origine. Il a grandi sous la houlette de Jean-Louis Rancezot, patron du Tennis Club de la Vallée, à Gelos près de la Ville Authentique, rival historique du Tennis Club Béarnais, lequel aura vu éclore Nicolas Escudé.

 

Le jeune Frédéric débarque sur le circuit au début des années 90. Spécialiste de la terre battue parmi tant d’autres, il connaît après un an d’apprentissage son apogée en 1991. L’été, période propice, le voit récolter les fruits de son travail puisqu’il enchaîne coup sur coup deux finales, la première au grand prix de San Marin, la seconde au challenger de Cervia. Mis en confiance, Fontang remporte peu après le challenger de Merano contre le bientôt redoutable Carlos Costa avant d’accomplir son plus beau fait d’armes, la conquête de son seul tournoi ATP à Palerme alors qu’il ne figure même pas parmi les cent meilleurs joueurs du monde.

 

Cela demeurera son seul titre de gloire, les années d’après le voyant revenir à la discrétion qui a toujours été la sienne. Le Tennis Club de la Vallée axera ainsi sa communication sur cet "exploit" afin d’attirer les jeunes pousses hexagonales dans ses stages estivaux. Tous les lecteurs de Tennis Magazine ont en mémoire le sourire lumineux de Fontang sur la publicité à son effigie. Natif de Pau et ne vivant qu’à une quarantaine de kilomètres de la cité d’Henri IV, mon regard d’adolescent se pose sur la bouille de Fred début 1994.

Quelques mois plus tard me voilà au sanctuaire pour deux semaines de secte de la petite balle jaune. Tennis matin midi et soir. Pauses... ping-pong, squash et tout de même un peu de foot ou de piscine. Plutôt réservé à l’époque, je me fonds dans le groupe avec bonheur. C’est le paradis. Nous sommes une joyeuse bande de minots de 7 à 17 ans en pension complète, aucun de nous ne peut envisager un avenir tennistique, les meilleurs étant milieu de troisième série et nous goûtons ainsi chaque instant de ce professionnalisme virtuel. Instants purs et rares.

 

Un soir alors que nous faisons ripaille, un jeune homme à la silhouette longiligne entre dans le club-house, relooké en cantine pour l’occasion. "Hé mais c’est Fred les gars !" Nous l’interpellons, il nous sourit, s’approche, bavarde un moment avec nous. C’est la première fois de ma vie que je vois un joueur professionnel, l’instant est solennel. Bon élève, je lâche devant mes potes hilares : "Frédéric Fontang, vainqueur du tournoi de Palerme en 1991 contre Emilio Sanchez, numéro 16 mondial !". Paternaliste et bienveillant, il me rétorque dans un sourire : "c’est bien tu connais ta leçon". Après quoi nous le matraquons de questions, on ne croise pas tous les jours un type qui côtoie nos joueurs préférés. "Dis Fred t’as déjà joué contre Edberg ? Perdu une fois. Et Becker ? Jamais. Et Bruguera ? Perdu trois fois. Et Agassi ? Jamais. Et Muster ? Perdu deux fois. Et Sampras ? Jamais.

 

Idiots comme des ados, nous raillons les piètres performances de Fontang au moment du débriefing intime, peu après l’avoir contemplé comme une star. L’intéressé nous clouera le bec quelques jours plus tard, lors d’une séance d’entraînement. L’entraîneur est au panier, Fred en fond de court qui laisse partir son bras. Les coups claquent, le bruit est sec. Le 238ème joueur mondial met la balle au même endroit cinquante fois d’affilée, en coup droit comme en revers et à une vitesse invraisemblable. Ce mec que l’on traitait de tocard à mots couverts l’avant-veille, qui passerait pour un crocodile poussif à l’écran, c’est Dieu en train de jouer au tennis. Bonne leçon d’humilité et prise de conscience de la réalité du haut niveau.

 

Je reverrai Frédéric Fontang à deux reprises. La première en 1999, aux Petits As de Tarbes, autoproclamés "championnats du monde minimes", peu avant un quart-de-finale entre deux clampins prometteurs, Richard Gasquet et Rafael Nadal. Fred est attablé avec quelques amis du monde du tennis, dont Jean-Philippe Fleurian, qui me fera l’honneur de tailler une bavette. Il a l’air en forme, j’en suis heureux. La deuxième cette année à Roland Garros. Il est désormais accompagné d’un jeune chevelu débraillé. Devant mon écran, je me replonge dans l’époque bénite du stage de tennis, nous revois, une demi-douzaine en file indienne derrière la ligne de fond, travaillant notre coup droit lifté. A côté de nous, un morpion a un court et un coach pour lui tout seul. Césaire, notre moniteur d’origine antillaise, nous dit : "Vous véwez celui-là il sewa twès fow, là ! Il s’appelle Jéwémy Chawdy". Il n’a pas menti. Je redécouvre le prodige béarnais contre Nalbandian, les coups partent comme des fusées mais à la télé cette fois. Chardy explose de joie et partage sa victoire avec son entraîneur. Fred triomphe, il tient sa victoire contre un grand joueur. La boucle est bouclée.

lien permanent

Roland Garros 1999  posté le dimanche 06 janvier 2008 13:54

6 juin 1999. Cinquante-cinq ans après le débarquement, un Américain s’impose à Paris. André Agassi, octuple vainqueur de tournois du Grand Chelem, remporte Roland Garros et réalise un carré d’as unique dans l’ère post Rod Laver. Retour sur cet exploit en quatre parties et huit paragraphes.

                                                                                                         

Une odyssée au long court

 

Roland Garros 1999 dans la carrière d’André Agassi, c’est un pic, c’est un cap, c’en est une parabole. Il a tout connu porte d’Auteuil, à commencer par une fracassante arrivée sur le devant de la scène, onze ans plus tôt. Crinière au vent, vêtu d’un short en jean, il parvient en demi-finales, poussant aux cinq sets Mats Wilander, futur vainqueur. Le public est sous le charme, Tennis Magazine, bien inspiré, titre son numéro de septembre 1988 "Génération Agassi". Suivent les cruelles désillusions de 1990 et de 1991, l’Américain se qualifiant magistralement pour la finale mais craquant sous le poids de la pression face à Andrès Gomez et Jim Courier, alors qu’il est favori. Son compatriote, devenu entre-temps le big boss du circuit, ne fait qu’une bouchée de lui en demi-finales un an plus tard. C’est le début d’une longue traversée du désert pour le Kid de Las Vegas sur la terre battue parisienne. Méformes, blessures, absences l’empêchent de se montrer sous son vrai jour pendant sept longues années.

 On ne sait trop qu’attendre du divin chauve à l’ouverture de l’édition 1999 du French Open. Après avoir relancé une seconde fois sa carrière l’année précédente, où il passe de la 122ème à la 6ème place mondiale, Agassi marque à nouveau le pas (tête de série numéro 13 néanmoins). Lucide, Michel Dhrey le qualifie non plus de "favori" mais de "surprise possible". Le pois des ans, les échecs répétés font douter jusqu’à ses fans les plus fidèles. On craint même le pire lorsqu’André se blesse à la Coupe du Monde des Nations de Düsseldorf contre Nicolas Escudé et abandonne le match après seulement un set. Une toute petite semaine avant le début des Internationaux de France, l’Américain fait un aller-retour express aux Etats-Unis pour se faire soigner et reconnaîtra plus tard "avoir envisagé le forfait".

Commence alors la folle chevauchée du pur-sang de Las Vegas, faite de coups d’éclat, de contretemps, de retours (c’est bien là son meilleur coup...) Au premier tour le dangereux Franco Squillari, robuste argentin, vainqueur du tournoi de Munich est maîtrisé en quatre sets accrochés. Au tour suivant, Arnaud Clément pousse le trentenaire au bord du précipice, qui lui inflige en guise de châtiment une roue de bicyclette dans la cinquième manche. Trois sets secs au troisième tour contre Chris Woodruff avec en prime le coup du tournoi, soit un invraisemblable passing de coup droit entre les jambes. Les choses (très) sérieuses commencent en huitièmes de finale contre Carlos Moya, tenant du titre et numéro 4 mondial. Deuxième épreuve pour Agassi, mené un set et break et deuxième cinglante mise au point (au poing !) : 6/1 au quatrième set, l’Espagnol ratant sur la balle de match le fameux passing dos au filet. Le quart de finale, trop facile face à un Marcelo Filippini diminué de surcroît, suscite... les huées du public, bientôt calmé par quelques baisers de la star aux quatre coins du court.

 La route semble encore bien longue, Marcelo Rios et Gustavo Kuerten sont autant d’adversaires potentiels pour les deux tours restants. Dominik Hrbaty sort le premier nommé et fait mieux que se défendre. Si la pluie était contre Agassi en finale en 1991, la nuit l’a cette fois sauvé, repoussant la fin du match au samedi matin qu’André, bien plus fringant, ne manquera pas d’achever. La grande finale enfin, contre Medvedev qui a lui sorti le Brésilien volant. Deux premiers sets de cauchemar où Andreï écrase de sa puissance au service et en fond de court son homonyme pétrifié par l’enjeu. Il était pourtant écrit que l’Américain reviendrait, dans ce stade, dans ce tournoi, dans cette finale. Il finit par terrasser le combattant ukrainien dans un happy end digne d’une fiction hollywoodienne. L’heure est aux larmes et aux prières. André l’a fait.

 

Quand le Kid devint God

"Je pense que chacun à la fin de sa journée doit avoir un sentiment de satisfaction au regard des efforts qu’il a faits, de ce qu’il a réalisé. (...) A ce stade de ma vie, si je fais quelque chose, je veux bien le faire". Tels furent les mots d’André Agassi lors d’une interview d’après-match, réalisée par l’inévitable et ineffable Nelson Montfort. Des propos qui tiennent de la leçon de vie. On est si loin de l’adolescent rebelle et superficiel, utilisé par la marque Canon pour son fameux slogan "Image is everything", tant regretté par l’intéressé depuis. Le champion dispense désormais la bonne parole tel un prêtre ou plutôt, crâne rasé, un moine bouddhiste. 29 ans l’âge de raison chez Agassi, fruit des expériences heureuses et adverses mais aussi d’un travail intérieur, le joueur s’étant livré à une psychothérapie. André allie égoïsme de bon aloi et altruisme, il s’investit pleinement dans sa carrière (et avec quel succès !) sans oublier son prochain. The Andre Agassi Charitable Foundation et the Andre Agassi College Preparatory Academy sont les deux concrétisations majeures de cette envie de donner. Il y a du Yannick Noah dans cette sagesse et dans cette "générosité Agassi". L’homme est bien dans sa peau et cela se voit.

 

Et Pete Sampras

"Je peux me coucher ce soir en me disant que je n’échangerais mon palmarès avec personne d’autre". Comment ne pas penser à Pete Sampras, l’éternel rival, à l’écoute de cette phrase ? En ce 6 juin 1999, André Agassi tient sa revanche sur celui à qui on l’a si souvent comparé, opposé. En effet au soir de leurs carrières respectives, les chiffres parlent en faveur de Sampras : 14 titres du Grand Chelem contre 8, 286 semaines en tant que numéro un mondial contre 101, six années terminées en pole position contre une seule et cerise sur le gâteau, quatre victoires en autant de rencontres à l’US Open, dont trois finales. Roland Garros restera néanmoins l’éternel talon d’Achille du demi-dieu grec, qui a lui aussi sa chance en 1996 sans pouvoir la saisir. Dépité, désinvolte, Sampras se fait diaphane Porte d’Auteuil et ce jusqu’à la fin. Grand champion, Pete ne tient pourtant pas rigueur à André d’avoir coché, trois ans plus tard, cette case à tout jamais vierge de son palmarès et l’appelle même pour le féliciter. "Je ne l’aurais pas fait pour n’importe qui" confie-t-il, l’estime entre les deux joueurs est immense. Ainsi en est-il de leur destin. A Sampras les livres d’histoire, à Agassi la palme de la complétude.

 

Désirs d’avenir

 Dans l’édition parue au lendemain du sacre du King de Las Vegas à Roland Garros, l’Equipe établit ainsi un portrait comparatif entre Sampras "le boulimique" et Agassi "le gourmet". Opposant la voracité du premier aux dégustations du second, le quotidien conclut par une intéressante interrogation : "Et si André demain n’avait plus faim ?" La question mérite d’être posée, la réponse est sans détour et le retour définitif. 1999 est de loin la meilleure saison de l’Américain (bouclée à la première place mondiale), présent dans tous les grands rendez-vous suivants son succès parisien : finales à Wimbledon et au Masters, victoire à l’US Open. Le gourmet devient gourmand à l’Open d’Australie, insatiable et invincible de 2000 à 2004. Longévité est le qualificatif qui colle à tout jamais au polo du joueur, ses dernières années faisant sa légende.

 L’US Open 2005 est son dernier tour de force. A 35 ans, porté par un public en transe, Agassi se hisse en finale, seulement dominé par le maître Federer himself. Une fin "idéale" s’offre alors à lui, mi-Sampras (vainqueur à 32 ans pour son ultime concerto), mi-Connors (demi-finaliste à l’âge canonique de 39 ans). Il commet un péché d’orgueil en repoussant d’un an l’inéluctable. Ainsi lors de l’US Open 2006, le "Old" de Las Vegas trouve la force de sortir Marcos Baghdatis, tête de série numéro 8, en guise de baroud d’honneur mais doit déposer la raquette au troisième tour, le dos meurtri. L’heure des adieux est venue. Emu aux larmes, comme toujours, le flamboyant champion s’adresse à son public en ces termes : "Dans mes moments les plus difficiles, quand j’étais au plus bas, vous m’avez donné la force d’y croire. Grâce à vous j’ai trouvé l’inspiration. Je me souviendrai de vous pendant le reste de mon existence. Le tableau d’affichage indique que j’ai perdu aujourd’hui, mais il n’indique pas ce que j’ai trouvé." André Agassi, un grand joueur, un grand homme, tout court.

lien permanent

Les RG de Roland Garros 2  posté le jeudi 14 juin 2007 13:58

Dimanche 10 juin 2007. Gustavo Kuerten, tiré à quatre épingles, remet à Rafael Nadal la coupe des Mousquetaires, de même que le sceptre virtuel de triple vainqueur de Roland Garros, avant de le qualifier de "meilleur joueur de l’ histoire sur terre battue". L’ heure est au bilan de la seconde partie du tournoi.


Rafa VS Roger, le chef d’ oeuvre imparfait

L’affiche de la finale de l’édition 2007 des Internationaux de France devait quoi qu’il advînt faire entrer un joueur dans la légende. Roger Federer pouvait succéder à André Agassi et à Rod Laver, détenteurs des quatre tournois du Grand Chelem mais c’est désormais Rafael Nadal qui compte trois titres Porte d’ Auteuil, à l’instar de Guga et même de Borg, qui les avait enchaînés de 1978 à 1980. L’affrontement entre l’Espagnol, meilleur numéro deux mondial de l’histoire peut-être et le Suisse, assurément un des plus grands de tous les temps était pour le moins attendu. On pensait tenir le match de gala où l’un et l’autre donneraient ensemble le meilleur d’eux-mêmes.

Tous les indices étaient au vert sur la brique rouge. Avant la finale, Rafa a remporté tous ses matches sans égarer le moindre set, avalé des adversaires aussi coriaces que Hewitt (qui bien que ne l’ayant jamais dominé sur terre battue, menait quatre victoires à deux face à l’Espagnol et l’avait en outre inquiété au tournoi de Hambourg) et Moya, faisant fi de l’aspect émotionnel et rappelant implacablement -entre autres- leur différence d’âge à son aîné majorquin. Quant à Roger, tout juste a-t-il laissé échapper la deuxième manche dans son quart de finale face à Robredo avant de passer la troisième puis la quatrième avec une insolente aisance.

Difficile, au moment d’aborder la finale des Internationaux de France, d’oublier celle du Masters Séries hambourgeois, trois petites semaines auparavant ; match à propos duquel tout a été dit, écrit, glosé. Il ne fallait en définitive ni en minimiser ni en exagérer l’importance. Les conditions de jeu étaient sensiblement différentes en Allemagne : air glacial, rebond moins haut, mais c’est un vrai direct au foie qu’avait porté le numéro un mondial à son dauphin, lequel avait regagné Manacor en monocycle... Piqué au vif, Nadal a fait montre lors de ce Roland Garros de la qualité suprême du champion, l’orgueil. Un orgueil démesuré, transcendant, le condamnant à réagir aussitôt et à transformer l’échec en simple accident de parcours.

Fort de progrès récents, Rafael a ainsi élevé un niveau de jeu déjà très haut, servant mieux, frappant plus fort son revers, désormais lourd et redoutable, faisant quelques incursions au filet au besoin. Federer a pour sa part été trahi par sa si précieuse première balle, de même qu’il a commis quantité de fautes directes, souvent provoquées, aux dires de Roger lui-même. Le Nijinski des courts a bien essayé de reproduire les schémas gagnants, soit l’utilisation des revers croisé et coup droit décroisé forts et longs, mais il a le plus souvent été mis au supplice par le lift giclant et les effets du gaucher.

Il flottait ainsi à l’issue de la finale comme un désagréable air de déjà vu, à tel point que le score fut (quasiment) identique, au jeu près, à celui de la demi-finale de Roland Garros 2005, soit le premier affrontement sur terre battue des deux monstres. Le duel a une fois encore été tactique, inégal et en définitive inachevé, surtout aux yeux du grand public qui reste invariablement sur sa faim.

Notons que ce sentiment mitigé est probablement partagé par... les deux joueurs. En effet, Nadal et Federer, respectueux sur le court, voire bons camarades en dehors doivent dans un sens se maudire. Sans le Suisse, Rafa ferait un très convenable numéro un mondial (5225 points ATP cette semaine contre 5110 pour Hewitt après son titre à Wimbledon en 2002, 4535 pour Roddick fin 2003). Sans l’Espagnol, Roger serait - qui sait- sur la route d’un second Grand Chelem consécutif le consacrant définitivement comme le meilleur joueur de l’histoire...

Djokovic, l’instant fraîcheur

Faute de trophée, Roger Federer a raflé pour la troisième année consécutive le Prix Orange récompensant le joueur le plus disponible, aimable, apprécié des journalistes. Sur ce seul tournoi de Roland Garros, il aurait pu sans conteste être attribué à Novak Djokovic. Pitre plaisant(in) dans les vestiaires, il a multiplié les facéties pour le plus grand bonheur de ses petits camarades de jeu et des téléspectateurs. Bon élève une fois entré en court, coiffé d’une brosse adolescente de premier de la classe, le jeune homme de vingt ans marie à merveille puissance de frappe et intelligence de jeu.

Sa prestation la plus aboutie restera sans nul doute son quart de finale contre Igor Andreev, le coupeur de bois. Taillant sa route au son du clonc, le Russe faisait figure d’épouvantail, voire de divine surprise dans le bas du tableau. A la fois un peu rustre tactiquement, fruste techniquement et juste physiquement, il a été ramené à la raison par Nole, qui a su et pu le faire dévier de son plan de jeu, de son plan de... frappes. En demi-finale, c’est le Serbe qui s’est à son tour retrouvé face à une énigme insoluble et par conséquent délité sous l’écrasante pression exercée par Nadal.

Le spectacle fut néanmoins au rendez-vous au cours de deux premiers sets très rythmés. Djokovic a fait honneur à son statut de nouveau numéro quatre mondial et s’annonce comme un prétendant aux plus grandes conquêtes, notamment sur le ciment américain où après un printemps magnifique il aura son mot à dire au plus fort de l’été. On remarquera enfin qu’avec un fair-play que l’on ne lui connaissait pas, Novak a su trouver les mots qu’il faut pour ses adversaires, dans la victoire comme dans la défaite. Très bon niveau, excellente attitude, continuez comme ça Monsieur Djokovic...

Valeureux et malheureux, les faire-valoir

Reconnaissons que la dramaturgie de la deuxième semaine a été excessivement convenue, au contraire de ce que l’on pouvait espérer. Ainsi six des huitièmes de finale, trois des quarts de finale ainsi que les deux demi-finales ont été conclus en trois sets. Sans opposition, point de passion. L’exemple le plus frappant de ce scénario cousu de fil blanc est peut-être le parcours de Roger Federer qui a fait face, sur la route de la finale, à trois de ses victimes préférées, responsables à leurs dépens du manque de suspens. Youzhny en huitièmes de finale, Robredo en quarts, Davydenko en demi, telle fut la rampe de lancement idéale pour le numéro un mondial quand on sait que, malgré la difficulté croissante à chaque tour, il totalise aujourd’hui vingt-sept victoires contre... zéro défaite face au trio.

Tommy et Nikolay, méritants et même impressionnants au point ne pas concéder un set avant d’affronter Roger, ne parviennent pas à se défaire de l’emprise mentale (et tennistique of course) du maître. Le Catalan a vu l’Helvète s’envoler selon son bon vouloir dans la deuxième partie de son match, le Russe n’y a lui jamais vraiment cru, en dépit d’une foule d’occasions. Après un départ canon, Davydenko est brutalement sorti de son état de lévitation et a cessé de pratiquer un tennis de rêve, Federer se contentant d’être présent sur les bons coups. Une revanche du tournoi de Rome face à Volandri en quarts de finale n’ aurait pas manqué d’ intérêt, tout comme une demi-finale face à Nalbandian, ancienne bête noire toujours aux aguets ou davantage encore Cañas. Le choc se profilait au fil des tours ; nourri des deux défaites de Roger face à Guillermo il y a quelques mois, il eût, sans préjuger du résultat, tellement de piquant.

Et maintenant ?


A Wimbledon, dans (trop) peu de temps, on peut craindre que Federer, aiguillonné à son tour, ne soit intransigeant envers ses collègues joueurs tel Pete Sampras naguère. Le grand rendez-vous sur gazon comportera néanmoins son lot de curiosités mais faisons un saut temporel et spatial jusqu’ en Amérique. Nous attendent à New York, dans la chaleur aoûtienne, un numéro un mondial somme toute serein, un dauphin aux dents longues, un Djokovic déboulant tel un météorite, un Hewitt sur la voie du retour, des Américains revanchards, un Baghdatis en embuscade et espérons-le bien d’autres encore. The show must go back... Enfin, on ne saurait clore ce chapitre "terre battue" sans un petit cocorico. Dans le tableau masculin, les quatre places de finalistes du tournoi des légendes ont été trustées par quatre Français ! Les heureux élus sont Guy Forget, Arnaud Boetsch, Cédric Pioline et Henri Leconte. Mieux vaut tard que jamais...

lien permanent

Les RG de Roland Garros  posté le dimanche 03 juin 2007 17:30

 

Samedi 2 juin 2007. Le troisième tour s’ achève de même que la première phase du tournoi. Revenons sur les faits marquants du début des Internationaux de France.

  

   Playing in the rain

"En avril ne te découvre pas d’un fil" dit la maxime. "En mai mets ton ciré !" aurait pu être le leitmotiv des premiers jours de ce Roland Garros crue 2007. Adieu le Paris de carte postale, printanier presque estival, véhiculant des clichés so french et servant d’ ordinaire de cadre aux Internationaux de France. Bonjour la pluie, inexacte en temps et en lieu puisque davantage attendue dans un mois du côté de Wimbledon... Joueurs et spectateurs ont ainsi dû essuyer un véritable déluge lors des deux premières journées du tournoi. Il devait débuter un dimanche pour la première fois de son histoire, permettre une programmation plus étalée et donc plus aisée. Il n’en fut rien, le coup d’envoi n’a réellement été donné que... le mardi et l’urgence a été de mise dans la planification des matches, coquin de sort.


   Les Français : Crépuscule des vieux et jeunes en péril

On espérait que dame pluie fût un heureux présage pour les... Froggle. Nombreux comme souvent sur la ligne de départ (onze), les Tricolores se sont hélas tous essoufflés au bout de trois tours au mieux, enregistrant là leur pire résultat groupé depuis dix ans. Honneur au vétéran, Fabrice Santoro et ses presque trente-cinq printemps. Ayant totalement fait l’impasse sur la saison sur terre battue, il est venu Porte d’Auteuil faire un petit tour (contre Chela) pour le plaisir. On l’attend autrement plus ambitieux et redoutable en double avec son compère Zimonjic. Ancien finaliste de l’ épreuve avec LLodra, il visera plus haut...

Les ex-minots provençaux, Sébastien Grosjean et Arnaud Clément (ce dernier étant il est vrai peu à l’aise sur terre battue), âgés tous deux de vingt-neuf ans, classés respectivement à la 62ème et à la 45ème place mondiale confirment lentement mais sûrement leur déclin. Opposés d’entrée à de solides têtes de série, Grosjean face à Baghdatis et Clément face à Ljubicic se sont inclinés en trois sets et ne paraissent plus à même de porter les espoirs de tout un peuple en émoi.

La relève se fait malheureusement toujours attendre. Le numéro un, Richard Gasquet, régulier depuis le début de l’année et plutôt bon lors des tournois préparatifs (finaliste à Estoril, quart de finaliste à Monte Carlo) a déçu, terriblement déçu. A bientôt vingt-et-un ans et cinq ans après ses grands débuts sur le circuit, l’excuse de l’inexpérience, de la jeunesse ne tient plus pour le natif de Sérignan qui dit avoir "pris la pression" lors de son deuxième tour contre Kristof Vliegen. Richard est assurément mûr tennistiquement tandis que son mental doit désormais faire l’objet d’un travail de tous les instants.

Paul-Henri Mathieu, jeune lui dans l’esprit, les ambitions, devait épauler dignement Gasquet dans la quête d’un grand résultat. Crédité lui aussi d’une bonne saison sur clay (vainqueur à Casablanca, demi-finaliste à Estoril), il abordait Roland Garros armé d’une confiance louable. Pourtant sa superbe technique et sa volonté d’ "atteindre au moins la deuxième semaine" ont volé en éclats face au monolithique Igor Andreev. Sorte de Berasategui russo-valencian de l’ an 2000, usant de sa raquette comme d’un gourdin, il tape le plus souvent et le plus fort possible en coup droit avec une redoutable efficacité et surtout sans se poser la moindre question.

Les Bleus, avec ou sans les honneurs, ont ainsi tous failli dans un triste ensemble. Le tennis français est bel et bien malade (de la tête ?) mais rendons néanmoins hommage aux deux animateurs de la première semaine, Gaël Monfils et Olivier Patience. Miné par un véritable parcours du combattant (Rochus au premier tour, Chela au deuxième et enfin Nalbandian au troisième), Sliderman, l’anti-Gasquet, irrégulier mais sans peur n’a que peu de reproches à se faire. Désormais coaché par Tarik Benhabiles, il a fait l’ effet d un "Roddick terrien", avec une première balle de service et un coup droit perforants, ainsi qu’un goût prononcé pour la bagarre et le spectacle.

Le vrai test a eu lieu contre un Nalbandian très... Agassian (du nom originel de son père) première génération : cheveux longs et petit bedon mais aussi et surtout, cadence infernale du fond de court des deux côtés et retours foudroyants dans les moments importants. Le revers de David est supersonique quand celui de Gaël n’est trop souvent qu’un coup de remise. L’ensemble de son jeu étant en nets progrès, la volée notamment, il pourrait prendre définitivement son envol en comblant cette dernière lacune.

Olivier Patience enfin, qui en a fait preuve lors de son match contre Novak Djokovic, de même que de force, de rage, de talent. 129ème joueur mondial, il a joué le match de sa vie au troisième tour de ce Roland Garros, lâchant tous ses coups, prenant tous les risques. Bref ce fut l’état de grâce pendant presque cinq sets. Sachons gré à Olivier de nous avoir procuré le premier grand frisson de la quinzaine. Quant à Novak Djokovic, on notera que chez le d’ ores et déjà grand joueur serbe, le mental est au service de la technique car, malgré un public partisan à l’extrême, il n’a jamais faibli. Mieux, il a su faire preuve de sportivité et d’élégance en fin de partie, se mettant le public parisien dans la poche pour la suite du tournoi, au cas où...


   Les Américains : Forget Paris

Qu’il est loin le temps où Jim Courier et André Agassi, opposés en finale de Roland Garros en 1991 et en demi-finale en 1992 (victoires du premier nommé) étaient probablement les deux meilleurs joueurs du monde sur terre battue. Cette année le tennis américain a en revanche vécu un French Open cauchemardesque en étant incapable de qualifier un des siens pour le deuxième tour ! La déception quoique réelle de la part de cette immense nation de tennis était finalement attendue car le phénomène n’est pas nouveau. Il fut longtemps masqué par la longévité du Kid de Las Vegas, émouvant vainqueur en 1999 et encore quart de finaliste de 2001 à 2003. Andy Roddick et James Blake, chefs de file du tennis US d’ aujourd’hui, n’ont eux aucun bon résultat à faire valoir sur la terre battue parisienne. Leur jeu à plat, plus en adéquation avec les surfaces dures, ne suffit pas à expliquer une telle débâcle.

Se pose davantage une question de culture, de mentalité, en somme de préparation. Roddick a joué à cinq reprises la finale du tournoi de Houston récoltant trois victoires sur la rapide terre battue verte. Toutefois, afin de ne pas passer... au rouge à Paris, il faudrait aux tennismen étasuniens s’imposer une longue période d’acclimatation sur le Vieux Continent. Leur absence groupée au Tournoi de Monte Carlo notamment n’est pas passée inaperçue. Tout cela est regrettable car le public de Roland Garros serait à n’ en pas douter tout disposé à célébrer des champions aussi charismatiques que Blake et Roddick, pour peu qu’ ils prolongent leur séjour jusqu’ à la deuxième semaine. A bon entendeur...


   Stars et déboires

La première semaine de cette édition 2007 de Roland Garros aura été dans son ensemble d’une logique implacable pour ce qui est des favoris. Federer et Nadal sont apparus souverains, Davydenko et Robredo toujours aussi métronomes, Nalbandian et Cañas les garants de la puissance argentine, Djokovic, Baghdatis et Youzhny valeurs montantes, Hewitt en regain de forme annoncé. Parmi les rares faillites on notera l’échec de Berdych, numéro dix mondial mais encore un peu friable, sorti dès le premier tour. Safin et Gonzalez s’étaient quant à eux affrontés il y a un an dans ce qui avait constitué l’affiche du premier tour des Internationaux de France, Fernando chutant dès le tour suivant. Séparés dans le tableau cette année mais unis dans la défaite, le Russe a cette fois fait mieux que le Chilien en gagnant son premier match.

Gonzalez devient peu à peu le roi du yo-yo, tantôt brillant finaliste à l’ Open d’ Australie ou à Rome tantôt totalement absent comme lors de son match contre Stepanek. Imprévisible Fernando... On attribuera à Marat le titre de "fanfaron de la semaine", qui s’est présenté Porte d’ Auteuil dans l’inconnu après une piteuse campagne sur terre battue (trois matches gagnés). Rassurant lors de son premier tour expédié face à Vicente, il a déclaré en conférence de presse : "je serai dangereux" avant de... sombrer le tour d’après, ne marquant même pas un set. Un Safin au mieux de sa forme pouvait prétendre à un quart de finale face à Federer qui aurait valu son pesant d’or. Dommage... Réjouissons-nous malgré tout car l’absence de surprises lors de la première partie du tournoi nous promet nombre de belles affiches lors de la deuxième semaine. Messieurs, jouez !
lien permanent



 

fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à geo

Vous devez être connecté pour ajouter geo à vos amis

 
Créer un blog